OUBLIE MOI
Tu partiras mieux comme ça.
L'araignée l'avait attrapé dans sa toile, sournoisement, pendant son sommeil. Cette dernière se réveilla impuissante, engluée dans l'horrible tissus de mensonges et de vils flatteries de l'arachnide. Plus elle se débattait, plus le piège se refermait sur elle, l'enveloppant de ses tendres bras amoureux. La créature comprit rapidement que se démener était vain, et qu'elle ne faisait que se fatiguer sans résultat. Pourtant, comment pouvait-elle attendre là, passivement, de se faire avaler ? C'était un tragique et cruel dilemme qui se présentait devant ses yeux et elle en avait parfaitement conscience. Peut importe ce qu'il adviendrait, elle finirait par mourir. Cela est une certitude à laquelle personne ne peut échapper. Cependant, elle avait le pouvoir de choisir sa mort. Si elle ne pouvait plus posséder son corps en étant vivante, il était hors de question que l'araignée puisse s'en servir à sa guise une fois qu'elle ne serait plus. Alors, par l'égoïsme le plus pure au monde, et par le désespoir le plus déchirant, la créature referma sa mâchoire sur sa langue. Le venin contenu à la pointe de ses canines s'installa lentement, mais surement, au sein de son corps, parcourant chaque artères et le moindre vaisseau de son système sanguin. Elle était devenue le scorpion pris au piège dans les flammes, et le feu de l'amour de l'araignée l'avait consumé. Le monstre, apercevant trop tard le suicide, n'osa dévorer sa proie imbibée de venin, et décida d'aller chercher l'amour ailleurs, laissant la créature gisante dans sa toile...
Hélas, un détail avait échappé aux amants. Les scorpions sont immunisés contre leur propre venin et périssent en vérité de la déshydratation du aux flammes. Ainsi, la créature était toujours en train d'attendre à l'endroit où l'araignée l'avait abandonné, dans l'incapacité de se libérer. Elle ne rêvait que d'une chose, le retour de l'arachnide, dans le ventre de laquelle elle serait achevée. Nul ne sût si l'amour malsain de ces étranges êtres se consuma, ni même comment la créature fut accueilli par la mort, en supposant qu'elle n'attends pas encore à ce jour.
C'est une triste fin, n'est ce pas ? De savoir que l'araignée fut privée de son repas et que la créature fut destituée de sa liberté. Mais si l'une ne possède pas ce qu'elle désire, quelles raisons la pousseras à satisfaire le souhait de l'autre ?
" Tu n'aurais pas du l'attraper dans tes filets,
elle n'étais pas pour toi... "